10.09.2010

Il faut empêcher les accords à l’amiable avec les dictateurs

Ce lundi (13 septembre 2010), le Conseil national traite de la nouvelle Loi sur la restitution des avoirs illicites (LRAI), aussi nommée « Loi Duvalier ». La Commission des affaires juridiques a fait une proposition de modification, qui va sans doute provoquer des discussions mouvementées. Elle demande de supprimer un article prévoyant la possibilité de passer des accords à l’amiable avec les dictateurs et leurs clans.

Le projet de loi a pour but de libérer la Suisse, « du piège des avoirs de potentats acquis illicitement ». Les avoirs ne doivent bien entendu pas être rendus aux anciens dictateurs et à leurs clans, mais aux populations spoliées par le biais de projets de développement. Malgré cela, le projet de loi prévoit la possibilité d’une « solution transactionnelle », c’est-à-dire d’un accord à l’amiable, avec les dictateurs. Le projet de loi ne fixe pas quelle part maximale peut être retournée aux anciens dictateurs dans le cas d’un accord. Ceci sape toutes les possibilités d’appliquer la loi dans le sens d’un développement des pays spoliés.

En juin dernier, le Conseil des Etats a approuvé la loi presque sans modifications. La semaine dernière la Commission des affaires juridiques du Conseil national est intervenue. Une petite majorité a proposé au Conseil national de supprimer la possibilité de la « solution transactionnelle ». La Commission ne donne pas de raison à cette suppression dans son communiqué de presse. La Commission est probablement préoccupée par la réputation internationale de la Suisse. Une solution transactionnelle, en permettant de rendre aux dictateurs les biens qu’ils ont volés, discréditerait la Suisse vis-à-vis de l’étranger.  

Le Conseil fédéral argumente différemment. Selon lui, une restitution efficace des avoirs sans la participation des clans de potentats est difficile. Si les dictateurs reçoivent une partie de l’argent pour eux, ils lèvent leur opposition à la restitution du montant restant à la population.

Malheureusement, les négociations avec les clans de dictateurs ne donnent en règle générale pas de résultats. Les derniers exemples en la matière le prouvent : dans le cas des avoirs Abacha, le clan a exprimé sa volonté de négocier uniquement dans le but de retarder la procédure et a ensuite fait avorter un accord avec le gouvernement nigérian. Il en fut de même avec la famille de Jean-Claude Duvalier. Elle a laissé entendre qu’elle signerait un accord, mais sans passer aux actes. Les années ont passé et tous les délais ont été dépassé. L’ancien dictateur haïtien a beau jeu aujourd’hui de réclamer au Conseil fédéral l’argent qu’il bloque encore sous prétexte qu’il veut le donner à la Croix rouge américaine en faveur de la reconstruction d’Haïti.

De fait, la possibilité d’une solution transactionnelle avec des dictateurs ou des membres de gouvernement corrompus affaiblit les forces politiques des pays d’origine qui s’engagent pour une restitution totale des avoirs volés et pour un Etat de droit où les affaires publiques sont gérées de manière responsable.

La conclusion s’impose d’elle-même. La commission des affaires juridiques du Conseil national a eu raison de supprimer cet article contestable. Il reste au plenum la tâche d’accepter cette modification du projet du Conseil fédéral. Cette loi permettra peut-être ensuite de rendre au gouvernement haïtien les quelque sept millions de dollars encore bloqués en Suisse.

Mark Herkenrath (Alliance Sud), Yvan Maillard Ardenti (Pain pour le prochain), Jean-Claude Huot (Action de Carême) – ce derniers liens renvoient aux pages thématiques concernées.

20:18 Ecrit par Jean-Claude Huot dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dictateurs, parlement, loi, fédéral, haïti, nigéria

08.09.2010

La petite chambre, une ode à la vie qui séduit le public des cinéphiles à Locarno

Le 63e Festival international de Film de Locarno a éteint ses projecteurs ce samedi. Aucun prix n’a été accordé au film La petite chambre de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond. Toutefois, ce premier long-métrage de fiction des deux jeunes réalisatrices lausannoises, présenté en compétition internationale, a reçu un accueil triomphal du public des cinéphiles. L’espoir de vie qui renaît sur fond d’une mort inéluctable, est-ce un thème trop banal pour être salué par les différents jurys de Locarno ?

Une vie qui s’est éteinte avant de voir le jour, une vie longue qui touche à sa fin non sans résistances. La petite chambre est l’histoire de la rencontre entre Rose, infirmière à domicile, et Edmont, un vieillard révolté, trop vif d’esprit pour se laisser enfermer dans une maison de retraite, « l’antichambre de la mort » que la société occidentale réserve à ses vieux. Pour Rose, dont le bébé est mort-né, l’avenir est compromis. Elle n’arrive pas à faire le deuil de ce vécu tragique et vit dans un monde refermé sur son chagrin. Le jeu de l’actrice Florence Loiret Caille exprime à merveille l’absence de perspective et de vie qui l’enferme dans une douloureuse solitude. Edmont, veuf depuis longtemps, vit seul dans son appartement et voit ses forces immanquablement diminuer. Lorsque son fils, sur le point d’émigrer aux Etats-Unis, veut mettre son vieux père dans une maison de retraite, Rose s’enfuit avec lui et l’accueille clandestinement à la maison. Petit à petit naît entre ces deux êtres, confrontés chacun à sa manière aux limites de l’existence, une relation de confiance pleine de complicité, de tendresse et d’humour. Grâce à Edmond, rôle magnifiquement interprété par Michel Bouquet, Rose peut enfin se confronter à la réalité de la mort de son enfant. Lorsqu’il décide d’installer son lit dans « la petite chambre » de l’enfant, le lourd silence qui y règne est brisé. Dans leur rencontre peu commune, les deux personnages parviennent à apprivoiser la mort et, finalement, à l’accepter.

Au rythme harmonieux du film, Rose avance sur son chemin de deuil, tandis qu’Edmont – mission accomplie – entreprend son dernier voyage pour rejoindre son épouse tant aimée.

Bien qu’ovationné par le public de Locarno – à la troisième représentation, 300 personnes n’ont pas trouvé entrée dans la salle du Rialto –, La petite chambre n’a pas séduit les jurys. Depuis quelques années, la fascination pour les films asiatiques et leur lenteur légendaire l’emporte avec l’attribution du léopardo d’oro au film chinois Han Jia (Winter Vacation) de Li Hongqui en 2010, She, a Chinese de Xialou Guo en 2009 et encore Ai no yokan de Masahiro Kobayashi en 2007. Certes, la concurrence est forte, mais La petite chambre aurait mérité au moins une mention, celle du Jury œcuménique par exemple, pour le regard tendre que ce film pose sur la fragilité de l’existence, dans une société mondiale qui se croît éternellement jeune et immortelle.

Les productions asiatiques éclectiques primées à Locarno n’ont que peu de chance d’être distribuées et restent inaccessibles au public. Heureusement, La petite chambre arrivera dans les salles de cinéma romandes en automne 2010. Sans aucun doute, le public tombera sous le charme de cette belle leçon de vie.

Martina Schmidt

Pain pour le prochain

021/ 614 77 17

18.03.2010

Haïti, terres tremblantes

Après le témoignage de Charles et Carl-Alex Ridoré à Temps présent de ce 18 mars, je pense au contraste entre l’élan de solidarité soulevé par le tremblement de terre du 12 janvier et le silence qui a couvert les décennies de pillage et d’abandon dont a souffert Haïti.

Si Port-au-Prince est devenu une ville si grande, si étendue, si désordonnée, n’est-ce pas aussi parce que les paysans des campagnes n’ont pas pu survivre dignement dans les vallées, les montagnes et les plaines du pays. On a parlé de la disparition du cochon haïtien, de l’abandon des rizières de la plaine centrale du pays car le prix du riz local était trop élevé par rapport au riz importé, mécanisé et subventionné. Et où sont passés les millions que l’ancien président Jean-Claude Duvalier et son père ont volés au peuple haïtien ? Il en reste encore 7 millions dans des coffres suisses. Mais la famille Duvalier a déposé un enième recours contre la décision de blocage de ces fonds du Conseil fédéral. Voici donc un pays laminé par la dictature et par des décisions politiques et commerciales prises loin de ses rivages qui se trouve en plus balayé par une effroyable secousse sismique.

Une chose était frappante dans les images rapportée par l’équipe de Temps présent. Pas une seule machine de chantier. Effet de cadrage ? Pas sûr. Probablement réalité. Les bulldozers, pelleteuses et autre matériel lourd sont probablement quasiment absents des rues de Port-au-Prince. Les Haïtiens devront reconstruire à main nue le pays. Et comme le disait l’une des personnes interviewée (le recteur de l’université ?), il faut former des maçons, des électriciens, des plombiers, des menuisiers pour reconstruire. Mais tout cela prend du temps.

Action de Carême, Entraide protestante et Pain pour le Prochain ainsi que de nombreuses autres organisations d’entraide sont présentes en Haïti depuis longtemps. Elles collaborent dans le cadre d’une Plate-forme Haïti de Suisse. Et ensemble, elles pourront compter sur le soutien du peuple suisse réuni par la Chaîne du bonheur. Le travail qu’elles mènent avec leurs partenaires sur place ne fait que commencer. Il sera de longue haleine. Et il faudra faire face aux pluies et aux ouragans tropicaux.

Terres tremblantes, mais vaillantes. comme d’autres, nous avons été témoins de la solidarité que les Haïtiens ont apportée aux Haïtiens. Ceux de l’extérieur vis-à-vis de ceux de l’intérieur, ceux des campagnes vis-à-vis de ceux des villes. Ces fondations là n’ont pas été ébranlées et c’est sur elles que Haïti pourra bâtir son avenir. Il faut juste veiller que l’on n’oublie pas Haïti, que des journalistes retournent régulièrement dans sur l’île pour raconter cette solidarité. Nous n’apportons qu’une pierre à cet édifice.

22:10 Ecrit par Jean-Claude Huot dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : haïti, tremblement de terre

15.03.2010

Une (r)évolution est en cours

"La crise actuelle marque les limites du capitalisme dominant. Nous avons besoin d'une autre logique que celle du profit, capable de construire une économie durable. Nous avons besoin d'un système économique qui ne crée pas seulement des biens, mais aussi des liens. L'économie sociale et solidaire offre cette alternative. Elle regroupe des entreprises très variées, qui vont de la réinsertion sociale à l'agriculture contractuelle, en passant par la banque, la location de vélos et le théâtre.

Toutes partagent un corps de valeurs, principes et fonctionnements forts. Primo, la faible lucrativité: le profits restent dans la collectivité. Secundo, la solidarité: en s'unissant on peut davantage. Tertio, la mutualisation: je ne garde par pour moi mes savoirs et expériences. Quatro, la cohérence: je fais ce que je dis. Tout cela en obéissant à des critères sociaux et environnementaux exigeants.

A Genève, la Chambre de l'économie sociale et solidaire compte 240 membres. Selon nos études, cela représente 8 à 10 % des emplois. Nous avons calculé qu'elle pourrait produire la moitié des biens et services dont la société a besoin. Le potentiel d'expansion est donc énorme. C'est pourquoi il faut travailler à étendre le mouvement, le faire connaître, interconnecter toutes ces initiatives pour avoir un effet systémique transformateur de l'économie de marché."

Cet article est tiré du calendrier 2010 de la campagne oecuménique de Pain pour le prochain, Action de Carême et Etre partenaires (voir les liens ci-contre). Il rapporte les propos de Thierry Pellet, le secrétaire général de la Chambe genevoise de l'économie sociale et solidaire (www.apres-ge.ch). Une association vaudoise visant à promouvoir l'économie sociale et solidaire a été créée il y a une année (Après-VD). Et il existe aussi un réseau international (www.uqo.ca/ries2001/RIPESS.html).

Thierry Pellet et le soussigné participeront à l'émission "Devine qui vient dîner" le jeudi premier avril à 20h (www.rsr.ch/la-1ere/devine-qui-vient-diner/). PRECISION: l'émission, initialement prévue le 18 mars, a été reportée en raison d'un match de hockey!

Jean-Claude Huot

08:30 Ecrit par Jean-Claude Huot dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note