24 Heures

18.03.2010

Haïti, terres tremblantes

Après le témoignage de Charles et Carl-Alex Ridoré à Temps présent de ce 18 mars, je pense au contraste entre l’élan de solidarité soulevé par le tremblement de terre du 12 janvier et le silence qui a couvert les décennies de pillage et d’abandon dont a souffert Haïti.

Si Port-au-Prince est devenu une ville si grande, si étendue, si désordonnée, n’est-ce pas aussi parce que les paysans des campagnes n’ont pas pu survivre dignement dans les vallées, les montagnes et les plaines du pays. On a parlé de la disparition du cochon haïtien, de l’abandon des rizières de la plaine centrale du pays car le prix du riz local était trop élevé par rapport au riz importé, mécanisé et subventionné. Et où sont passés les millions que l’ancien président Jean-Claude Duvalier et son père ont volés au peuple haïtien ? Il en reste encore 7 millions dans des coffres suisses. Mais la famille Duvalier a déposé un enième recours contre la décision de blocage de ces fonds du Conseil fédéral. Voici donc un pays laminé par la dictature et par des décisions politiques et commerciales prises loin de ses rivages qui se trouve en plus balayé par une effroyable secousse sismique.

Une chose était frappante dans les images rapportée par l’équipe de Temps présent. Pas une seule machine de chantier. Effet de cadrage ? Pas sûr. Probablement réalité. Les bulldozers, pelleteuses et autre matériel lourd sont probablement quasiment absents des rues de Port-au-Prince. Les Haïtiens devront reconstruire à main nue le pays. Et comme le disait l’une des personnes interviewée (le recteur de l’université ?), il faut former des maçons, des électriciens, des plombiers, des menuisiers pour reconstruire. Mais tout cela prend du temps.

Action de Carême, Entraide protestante et Pain pour le Prochain ainsi que de nombreuses autres organisations d’entraide sont présentes en Haïti depuis longtemps. Elles collaborent dans le cadre d’une Plate-forme Haïti de Suisse. Et ensemble, elles pourront compter sur le soutien du peuple suisse réuni par la Chaîne du bonheur. Le travail qu’elles mènent avec leurs partenaires sur place ne fait que commencer. Il sera de longue haleine. Et il faudra faire face aux pluies et aux ouragans tropicaux.

Terres tremblantes, mais vaillantes. comme d’autres, nous avons été témoins de la solidarité que les Haïtiens ont apportée aux Haïtiens. Ceux de l’extérieur vis-à-vis de ceux de l’intérieur, ceux des campagnes vis-à-vis de ceux des villes. Ces fondations là n’ont pas été ébranlées et c’est sur elles que Haïti pourra bâtir son avenir. Il faut juste veiller que l’on n’oublie pas Haïti, que des journalistes retournent régulièrement dans sur l’île pour raconter cette solidarité. Nous n’apportons qu’une pierre à cet édifice.

15.03.2010

Une (r)évolution est en cours

"La crise actuelle marque les limites du capitalisme dominant. Nous avons besoin d'une autre logique que celle du profit, capable de construire une économie durable. Nous avons besoin d'un système économique qui ne crée pas seulement des biens, mais aussi des liens. L'économie sociale et solidaire offre cette alternative. Elle regroupe des entreprises très variées, qui vont de la réinsertion sociale à l'agriculture contractuelle, en passant par la banque, la location de vélos et le théâtre.

Toutes partagent un corps de valeurs, principes et fonctionnements forts. Primo, la faible lucrativité: le profits restent dans la collectivité. Secundo, la solidarité: en s'unissant on peut davantage. Tertio, la mutualisation: je ne garde par pour moi mes savoirs et expériences. Quatro, la cohérence: je fais ce que je dis. Tout cela en obéissant à des critères sociaux et environnementaux exigeants.

A Genève, la Chambre de l'économie sociale et solidaire compte 240 membres. Selon nos études, cela représente 8 à 10 % des emplois. Nous avons calculé qu'elle pourrait produire la moitié des biens et services dont la société a besoin. Le potentiel d'expansion est donc énorme. C'est pourquoi il faut travailler à étendre le mouvement, le faire connaître, interconnecter toutes ces initiatives pour avoir un effet systémique transformateur de l'économie de marché."

Cet article est tiré du calendrier 2010 de la campagne oecuménique de Pain pour le prochain, Action de Carême et Etre partenaires (voir les liens ci-contre). Il rapporte les propos de Thierry Pellet, le secrétaire général de la Chambe genevoise de l'économie sociale et solidaire (www.apres-ge.ch). Une association vaudoise visant à promouvoir l'économie sociale et solidaire a été créée il y a une année (Après-VD). Et il existe aussi un réseau international (www.uqo.ca/ries2001/RIPESS.html).

Thierry Pellet et le soussigné participeront à l'émission "Devine qui vient dîner" le jeudi premier avril à 20h (www.rsr.ch/la-1ere/devine-qui-vient-diner/). PRECISION: l'émission, initialement prévue le 18 mars, a été reportée en raison d'un match de hockey!

Jean-Claude Huot

13.03.2010

Progresser vers l’équité

Les conditions de travail sont souvent déplorables dans les ateliers de couture au Bangladesh, en Inde, en Chine… là où est produite une grande partie des habits que nous portons. Pourtant ce n’est pas une fatalité. Une fondation – Fair Wear Foundation –  travaille avec les entreprises du secteur textile pour changer la donne.

Début mars 2010, dans un magasin d’articles de sport de Lausanne, je pose une question au vendeur : « Connaissez-vous la Fair Wear Foundation ? ». Yeux ronds devant moi. « Pourtant plusieurs marques que vous vendez en font partie »  - « Ah ». Il est vrai que la responsabilité sociale des entreprises n’est pas toujours un argument de vente. Assumée sérieusement, elle est surtout un processus de longue haleine.

La Fair Wear Foundation (FWF) exige que ce que l’on met, ce que l’on porte sur soi soit équitable. C’est ce que signifie son nom. Elle met sur pied un mécanisme de vérification visant à améliorer la vie des travailleurs et travailleuses du secteur textile en allant sur place dans les ateliers de production vérifier les condition de travail. Elle assure ensuite le suivi avec les entreprises concernées par des programmes d’action dont la réalisation est vérifiée à intervalle régulier.

L’originalité du système mis en place est double. D’une part il implique les diverses parties prenantes. Dirigent la fondation des syndicats, des organisations non-gouvernementales, des associations d’entreprise. D’autre part, les vérifications sont faites par des auditeurs indépendants. Les 55 entreprises membres de la FWF bénéficient ainsi d’un outil qui leur permet de savoir ce qui se passe chez leurs fournisseurs et de mener un dialogue avec eux. Ceux-ci s’engagent à respecter un code de conduite basée sur les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) et, quand c’est nécessaire, à améliorer les conditions de travail.

Le bureau suisse de la FWF est porté par Action de Carême, Pain pour le Prochain et la fondation Max Havelaar suisse. Il bénéficie du soutien du seco (Secrétariat d’Etat à l’économie de la Confédération). Il réunit régulièrement les parties prenantes dont les cinq entreprises ayant leur siège en Suisse (Blackout, Mammut, Manroof, Odlo et Switcher). Ce fut encore le cas le 11 mars dernier, avec la participation de la directrice de la FWF, Erica van Doorn. Les échanges permettent, entre autres, de partager les expériences autour des procédures de vérification des conditions de travail chez les fournisseurs.

La conviction partagée est que la responsabilité sociale des entreprises est une affaire hors concurrence et qu’il est possible de produire et de vendre des vêtements dans le respect de la dignité des travailleurs et des travailleuses. Inutile d’exploiter la force de travail, de brimer les travailleurs et de les sous payer pour survivre comme entreprise. Encore faut-il que les consommateurs et consommatrices jouent le jeu et s’inquiètent aussi des conditions de travail de celles et ceux qui fabriquent les produits qu’ils achètent.

La campagne d’Action de Carême et de Pain pour le prochain le rappelle. « Miser sur un commerce juste » peut être une bonne affaire pour tout le monde.

Sur la fondation : www.fairwear.nl (en anglais)

Sur les conditions de travail dans la production des vêtements de sport en plein air : www.cleanclothes.org (en anglais)

Sur la campagne d’Action de Carême et Pain pour le Prochain : www.droitalimentation.ch (notamment les pages disponibles sous le titre « commerce juste »

Jean-Claude Huot

03.03.2010

Et si l'équité devenait la norme?

Le café Max Havelaar sera l'unique café distribué par Starbrucks. On se prend alors à rêver. Ce sera bientôt un quart du café du commerce équitable qui sera bu aux comptoirs de cette marque américaine. Mais la fin de l'article de 24 heures (2 mars 2010) fait retomber le lecteur dans le dur réel: le café équitable ne représente qu'un pourcent de la production mondiale.

Il n'empêche, pour les organisations de développement qui ont fondé Max Havelaar en Suisse (Action de Carême, Caritas, Entraide protestante, Helvetas, Pain pour le prochain, Swissaid), le pari lancé en 1992 commence peu à peu prendre corps: faire en sorte que le commerce équitable sorte de sa niche de la militance pour rejoindre le grand public. Et pour le café, la militance a beaucoup compté. Parmi les initiateurs des Magasins du Monde et de la Déclaration de Berne on se souvient encore du remplissage des bocaux à la cuillière avec le café soluble tanzanien Ujamaa. C'est grâce à cet enagement que la suite fut possible. A ne pas oublier!

Mais maintenant l'enjeu est le suivant: faire en sorte que les critères dont le label Max Havelaar est porteur soient la norme et non l'exception dans les rayons des magasins comme dans les bars et les cafétérias d'entreprises. Donc la collaboration avec de grandes marques, pour autant que celles-ci jouent vraiment le jeu et ne se contentent pas d'un peu de marketing, est une étape à franchir. Pas facile car justement, les astuces marketing peuvent être nombreuses. Et il faut garantir les quantités et la qualité.

Action de Carême et Pain pour le Prochain, deux des fondatrices de Max Havelaar, mènent leur campagne oecuménique annuelle justement sur le slogan: "misons sur un commerce juste!". Car elles sont persuadées qu'il est économiquement, humainement, socialement raisonnable d'opter pour des relations commerciales équitables pour tous les acteurs, à commencer par les producteurs dans les champs et les travailleuses ou travailleurs dans les ateliers. ça ne coûte pas nécessairement plus cher ou si peu: uelque centimes de différence. Pourtant tout change: la vie dans la dignité n'a pas de prix! (voir www.droitalimentation.ch)